1913. Auprès du Père Dubois, de la mission catholique de Djilor, le jeune Léopold apprend le catéchisme et les premiers rudiments de la langue française.
1914. Au collège de Ngasobil, tenu par des pères, il fait durant neuf ans, l'apprentissage de la discipline et poursuit des études analogues à celles de l'école primaire française.
1923. Envoyé au collège-séminaire Libermann de Dakar pour y étudier le grec et le latin, le jeune Senghor songe à devenir prêtre et professeur. Il s'indigne du mépris dont la culture traditionnelle africaine est l'objet.
1927. Jugé trop frondeur pour le séminaire, Léopold est envoyé à l'école laïque pour y préparer le baccalauréat. Il réussit brillamment ses examens et obtient une bourse pour poursuivre ses études en France.
1928. Arrivé à Paris en octobre, l'étudiant est déçu. Découragé par la Sorbonne, il entre au lycée Louis Le Grand pour préparer l'Ecole Normale Supérieure. Il y rencontra Georges Pompidou l'année suivante.
1930. Voyage en Touraine. Inscription dans le groupe des étudiants socialistes.
1931. Année de l'Exposition coloniale. Senghor fréquente les milieux noirs de Paris. Il rencontre René Maran et se lie d'amitié avec Damas et surtout Césaire.
1932. Il obtient un diplôme d'études supérieures pour son mémoire L'exotisme chez Baudelaire, mais échoue au concours d'entrée a l'école Normale Supérieure. Il préparera désormais l'agrégation de grammaire. Pour cela, il acquiert la nationalité française. En juillet il effectue son premier retour au Sénégal. Son père mourra quelques mois plus tard. En septembre, à Paris, il envisage avec Damas et Césaire un monde nouveau incluant les valeurs nègres. Ce sera la Négritude.
Le défenseur de la négritude et de la francophonie
1933. Admissible à l'agrégation de grammaire, il échoue à l'oral. Léopold se console en découvrant la Grèce et la Turquie. A Paris, il devient président d'une association d'étudiants de l'Afrique de l'Ouest.
1934. Césaire et Senghor font du journal L'Etudiant noir le porte-parole de la Négritude. Du 20 octobre 1934 au 12 octobre 1935, Senghor effectue, comme tous les jeunes Français, son service militaire.
1935. Reçu a l'agrégation de grammaire, Senghor est nommé professeur de 6e au lycée Descartes de Tours.
1936. Militant de la SFIO, Léopold suit les événements mondiaux. L'entrée des troupes italiennes à AddisAbeba lui inspire le poème A l'appel de la race de Saba.
1937. Le 10 septembre, au Sénégal. la conférence qu'il donne à la Chambre de commerce de Dakar surprend l'administration coloniale qui a accueilli en grande pompe le premier agrégé noir. Sa thèse : assimiler et ne pas être assimilé.
1938. I1 est nommé professeur au lycée Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, dans la banlieue parisienne, et s'installe rue Lamblardie, près du bois de Vincennes. De nombreux poèmes datent de cette époque, que l'on retrouve dans Chants d'ombre. L'exilé effectue un retour aux sources de sa mémoire.
1939. Dans Ce que l'Homme noir apporte, publié dans un ouvrage collectif sur l'homme de couleur, Senghor montre que les Noirs ont une civilisation et un patrimoine à léguer. En septembre, la France se prépare à la guerre, et le jeune professeur se retrouve soldat de deuxième classe dans une caserne parisienne.
1940. En févner, il est affecté dans un régiment d'infanterie coloniale, et le 20 juin il est fait prisonnier à La Charité-sur-Loire. En septembre, au camp d'Amiens où il est détenu, Senghor compose Au Guelowar, inspiré par l'appel du général de Gaulle, et de nombreux autres poèmes qui figureront dans Hosties noires.
1942. Après avoir changé plusieurs fois de camp de détention, Léopold est libéré pour raison de santé. I1 reprend sa classe à Saint-Maur-des-Fossés.
1944. Du 30 janvier au 8 février, la conférence de Brazaville organisée par le général de Gaulle fait naître l'espoir d'un changement dans les relations francoafricaines. La fin de la guerre approche, et Léopold Senghor, dans La Communauté impériale française, trace les grandes lignes d'une nouvelle politique. Plusieurs poèmes de cette époque témoignent de son indignation devant le fait colonial. L'école nationale de la France d'outre-mer confie a Senghor la chaire de linguistique, autrefois occupée par Maunce Delafosse.
1945. En mars, Senghor est désigné pour participer aux travaux de la commission Monnerville chargée d'étudier la représentation des colonies dans la future Assemblée constituante. En août, une bourse du CNRS lui permet de se rendre au Sénégal pour enquêter sur la poésie sérère. Lamine Guèye, député du Sénégal au parlement français, le persuade de s'engager dans la politique à ses côtes. Senghor est élu pour représenter l'électorat du 2e collège, celui du petit peuple des campagnes.
1946. En janvier, le départ du général de Gaulle amène de nouvelles élections. Senghor découvre les méandres de la politique française. I1 participe à la mise en forme des textes de la future Constitution. Il publie dans Gavroche un article qui prône le fédéralisme pour l'Union française, et parle de conquérir la liberté par des moyens violents. En septembre, Léopold se marie avec Ginette Éboué, la fille du gouverneur général de I'AEF, le premier en Afrique à avoir répondu à l'appel du général de Gaulle en 1940. En octobre, à Bamako, naît le Rassemblement démocratique africain (RDA). Les sénégalais Lamine Guèye et Senghor ont boudé l'événement. L'unité africaine en souffrira
1947. Le soulèvement malgache en mars, la grève des cheminots du Dakar-Niger en octobre et les contacts avec ses électeurs mobilisent l'énergie du député de la brousse, tandis que la revue d'Alioune Diop Présence africaine, qui voit le jour en décembre, requiert le soutien de l'écrivain Senghor. En juillet, le couple Senghor accueille son premier fils, Françis.
1948. Mort de Gnilane. C'est une page du passé qui se tourne, mais une page de l'avenir s'ouvre avec la naissance d'un deuxième fils, Guy. Les relations entre Lamine Guèye et Senghor sont de plus en plus mauvaises. Elles aboutissent à la rupture. Senghor démissionne de la SFIO pour créer, avec Mamadou Dia un parti, le BDS, Bloc démocratique sénégalais, et un journal, La Condition humaine. En novembre. Senghor rejoint a l'Assemblée le groupe des Indépendants d'outre-mer. Publication de Hosties noires (Seuil) et d'une Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (PUF) précédée d'une préface de Jean-Paul Sartre, Orphée noir; qui fait retentir l'idée de négritude.
1949-1950. Léopold parcourt le Sénégal pour présenter son mouvement qui se veut toujours socialiste mais avec un enracinement rural africain. II livre par ailleurs ses réflexions et ses poèmes dans de nombreuses publications.
1951. Large succès du BDS aux élections législatives. Lamine Guèye est battu.
1952-1954. Le président du BDS renforce sa popularité au Sénégal, l'écrivain Senghor augmente sa notoriété sur le plan international (->1954). Il publie notamment un manuel scolaire, La belle histoire de Leuk-le-Lièvre, une étude sur Victor Hugo et divers articles sur la civilisation africaine.
1955. Sous le gouvernement d'Edgar Faure, Senghor devient secrétaire d'état à la présidence du Conseil. Il exprime ses options dans deux articles : L'Afrique et l'Europe et Pour une solution fédéraliste. Léopold vit un drame familial en divorçant d'avec Ginette Eboué.
1956. En juin, une loi-cadre accorde une semi-autonomie aux territoires d'outre-mer et crée des conseils de gouvernement. Elle est combattue par Senghor qui aurait souhaité un cadre fédéral. Il tente, dans de nombreux articles, de faire entendre sa voix. A Paris, le 19 septembre. se tient le premier Congrès des artistes et écrivains noirs. Le 29 septembre, Senghor est élu maire de Thiès. Publication d'Éthiopiques, un recueil de poèmes qui comporte en postface Comme les lamantins vont boire à la source, une clé pour comprendre la poésie senghorienne.
1957. Le BDS fusionne avec d'autres partis de I'AOF au sein de la Convention africaine. La Condition humaine prend le titre symbolique de L'Unité. Le 18 octobre, Léopold Senghor épouse Colette Hubert une Française originaire de Normandie. Il leur naîtra un fils, Philippe Maguilen.
Léopold Sédar Senghor, le Président
1958. Lamine Guèye et Senghor réunissent leurs mouvements sous l'appellation d'union progressiste sénégalaise (UPS). L'escalade de la violence en Algérie ramène le général de Gaulle au pouvoir en mai. Senghor devient membre de la commission chargée d'élaborer une Constitution destinée à créer une Communauté franco-africaine. Le général prévoit un référendum pour faire accepter son projet. En juillet, au congrès du PRA (Parti du regroupement africain)à Cotonou, les participants décident de refuser la Communauté et de réclamer l'indépendance. En septembre. le général de Gaulle se rend dans les capitales africaines pour préparer le référendum. En Guinée, Sékou Touré l'accueille avec un discours violent, et au Sénégal, en l'absence remarquée de Senghor et de Mamadou Dia, des porteurs de pancartes agitent des slogans d'indépendance.
Senghor, qui avait émis des réserves sur le projet français, reçoit satisfaction. II se prononce alors pour l'entrée dans la Communauté. Les autres dirigeants, hormis Sékou Touré, font le même choix.
1959. Senghor s'efforce de faciliter des regroupements. Obligé de renoncer a la grande fédération des Etats de l'Afrique de l'Ouest qu'il avait envisagée, Léopold Senghor parvient à bâtir une union à deux, avec le Soudan de Modibo Keïta. Ce dernier devient provisoirement chef du gouvernement de la Fédération du Mali, tandis que Léopold Senghor préside l'Assemblée fédérale. L'UPS sénégalaise et le RDA soudanais fusionnent et, sous le titre Nation et socialisme, Léopold Senghor exprime leur doctrine pour le présent et l'avenir. En décembre, à Dakar, le général de Gaulle accepte, à la demande de ses dirigeants, d'accorder l'indépendance à la Fédération du Mali. L'Université de Dakar, inaugurée en cette fin d'année, apporte l'espoir d'un développement basé sur la culture.
1960. Le 4 Avril, les transferts de compétence sont signés et le 20 juin, l'indépendance de la Fédération du Mali est proclamée. Mais les divergences entre les deux pays sont manifestes et le conflit qui éclate dans la nuit du 19 au 20 août aboutit à la rupture. En septembre, Senghor est élu président de la République du Sénégal. Mamadou Dia devient Premier ministre.
1961-1962. Tandis que Mamadou Dia met en place une politique progressiste basée sur un plan de développement a long terme, le président Senghor s'occupe des relations internationales. Jusqu'alors complémentaires, les deux hommes entrent un conflit. En décembre 1962. accusé d'avoir tenté un coup d'état. Mamadou Dia est arrêté.
1963. Léopold Senghor reprend les rênes du pouvoir et instaure un régime présidentiel fort. Plusieurs prix littéraires confirment son audience internationale. En mai. dans la capitale de l'Éthiopie, la naissance de l'Organisation de L'unité africaine (O.U.A.) répond a ses vœux. En décembre, les élections sénégalaises donnent lieu à de graves incidents. Léopold Senghor est néanmoins réélu pour cinq ans.
1964-1965. Le président s'efforce, en réajustant le plan, et en moralisant la vie politique, de sortir son pays du sous-développement. Sous le titre Liberté 1, les éditions du Seuil regroupent et publient les textes de Senghor traitant des problèmes culturels.
1966. Le 30 mars, Dakar accueille. pour le premier Festival mondial des arts nègres, une foule d'artistes et d'intellectuels. La Négritude triomphe. La civilisation africaine est à l'honneur. Le président réaffirme que la culture est le socle du développement.
1967. Léopold Senghor recueille de nombreux honneurs pour ses œuvres littéraires. Le 22 mars, le chef de l'état est l'objet d'une tentative d'attentat. Le coupable sera condamné à mort et exécuté.
1968. En mai, les étudiants se mettent en grève. Ils sont suivis par les travailleurs. L'explosion sera maîtrisée avec difficulté. Le président découvre le mécontentement et la nécessité d'effectuer des réformes et de partager le pouvoir.
1970. En février, Abdou Diouf devient Premier ministre. Le gouvernement va tenter de redresser l'économie, mise à mal par la sécheresse, et de pratiquer l'ouverture démocratique. Naissance du journal Le Soleil. En mars, création a Niamey, de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT).
1971. Le président Senghor accueille à Dakar son vieil ami le président français George Pompidou. L'université est en grève. Des étudiants sont arrêtés et condamnés pour actes de violence. L'un d'entre eux, Oumar Blondin Diop, décédera en prison. Publication de Liberté 2, consacré aux textes politiques et sous-titré Nation et voie africaine du socialisme.
1973. Publication des Lemcs d'hivernage. Quatrième mandat présidentiel pour Senghor.
1974. L'avocat Abdoulaye Wade est autorisé à créer un parti.
1976. Une réforme instaure le multipartisme limité à trois composantes : socialistes, communiste et libérale.
1977. Publication de Liberté 3, un nouveau volume consacré aux textes culturels, avec en sous-titre : Négritude et civilisation de l'universel.
1978. Cinquième mandat présidentiel pour Léopold Senghor.
L'académicien, l'homme de culture
1980. En décembre, Léopold Sédar Senghor se retire de la vie politique. Il a 74 ans. Il laisse le pouvoir à Abdou Diouf et se consacrera désormais à la culture. Il deviendra docteur honoris causa de nombreuses universités.
1981. Le 7 Juin, mort accidentelle de Philippe Maguilen; né de son union avec Colette Hubert. Il perdra deux ans plus tard l'un des fils de son premier mariage. En octobre, Senghor est reçu a l'Académie des sciences d'outre-mer.
1983. Publication de Liberté 4, comportant des textes politiques regroupés sous le titre Socialisme et planification.
1984. Le 29 mars, l'Académie française accueille Senghor sous la coupole. Edgar Faure l'intronise auprès des académiciens.
1988. Publication de Ce que je crois, une synthèse de sa pensée sur la Négritude.
1990. Le 12 mai, inauguration à Alexandrie (Egypte) de l'Université internationale de langue française Léopold Sédar Senghor.
1993. Publication de Liberté 5, sous-titré Le dialogue des cultures.
1995. 18 mars. A Verson, dans la région de Caen où réside le président, inauguration, en présence de nombreuses personnalités, d'un espace culturel qui porte le nom de Léopold Sédar Senghor.
2001 Décès de Léopold Sédar Senghor, le 20 décembre 2001, dans sa propriété de Verson