Bref, si les morts sont innombrables (plusieurs milliers depuis 1981) de part et d'autre, jamais un occidental n'a été directement aggressé. Personne n'étant à l'abri d'une balle perdue, il est arrivé, notamment début 2002, qu'une personne se retrouve avec du plomb dans l'aile (sans savoir d'ailleurs qui des indépendantistes ou de l'armée sénégalaise a tiré). Bref, la Casamance, dans l'état actuel des choses n'est absolument pas hostile au tourisme et n'a jamais d'ailleurs été aussi accueillante.
Photo en haut à droite : l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, leader du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC). Ce religieux originaire de Singalène (Oussouye) a maintes fois été emprisonné dans les prisons sénégalaises.
Pourquoi donc aujourd'hui, cette réputation d'insécurité chronique colle à la Casamance ? C'est que depuis vingt ans tout n'est pas rose. L'image idyllique de la région a été brisée par trois faits marquants : la «disparition» de quatre français, l'attaque des pêcheurs du Cap Skirring par les indépendantistes et la répression sanglante de l'armée sénégalaise qui depuis dix ans, malgré les remontrances du FIDH et d'Amnesty International, a détruit la plupart des villages du Sud Kassa et massacré des centaines de civils.
D'après la presse sénégalaise, les soit-disant «rebelles» ne seraient plus que quelques dizaines qui n'œuvrent plus pour une quelconque idée politique mais par pur esprit de piraterie. Quelques rares embuscades tueraient quelques militaires sénégalais mais c'est surtout chez la population civile qu'ils entretiendraient la peur grâce à des pillages réguliers de petits villages forestiers et à des barrages sur les routes. La vérité est malheureusement toute autre. La terreur, c'est le plus souvent les militaires sénégalais qui l'entretiennent. Pour eux, tout casamançais est un rebelle potentiel. Ils n'hésitent pas à mitrailler tout ce qui bouge en plein milieu d'un village lorsqu'ils pensent qu'il y a un rebelle dans la population. Les tristes exemples des villages martyrs d'Effok ou de Youtou ou plus récemment celui des pilonnages des environs de Diouloulou début 2002 illustrent parfaitement ces graves crimes perpétrés par l'armée sénégalaise. Lorsqu'ils bombardent un village, ils savent très bien qu'il y a des civils à l'intérieur. Photo à droite : Diamacoune et Sidy Badgi, chef d'Atika, les hommes de la forêt. Photo ci-dessous, un jeune indépendantiste kabroussois du maquis.
L'esprit d'émancipation d'une grande majorité de Casamançais est toujours présent et la plupart des Diolas sont aujourd'hui indépendantistes même s'ils ne disent pas ouvertement, craignant des représailles qui ne manqueraient pas d'arriver. Depuis des années, le peuple casamançais est rabaissé par les gens du Nord qui pourtant auraient beaucoup à apprendre. Mais lorsque la diaspora Casamançaises rentre au village pour expliquer ce qu'est la Casamance, les Casamançais reprennent confiance. N'est-ce pas compréhensible ? La Casamance est enclavée entre la Gambie et la Guinée-Bissau. Le gouvernement ne fait pas grand-chose pour que cette enclave se sente avant tout sénégalaise. Deux bateaux inconfortables par semaine reliaient Ziguinchor à Dakar : 16 heures de navigation ! Un catamaran hors de prix pour le modeste casamançais a été mis en service par une compagnie privée. En juillet 2002, ces deux bateaux n'existent plus et seul l'Omega qui est avant tout un petit navire de Fret fait encore la liaison. Un petit effort à été fait sur le plan routier en 1997 avec la réfection de la route Dakar-Ziguinchor mais avouons-le , ça ne suffit pas. La Casamance est de loin la région potentiellement la plus riche du pays : tourisme, agriculture, pêche, commerce avec la Gambie et la Guinée-Bissau... C'est pourtant ici que les investissement de l'État sont les moins importants. La Casamance pourrait nourrir le pays mais les paysans ne veulent pas travailler pour rien : - les denrées périssables (fruits, légumes, poissons...) du fait de la lenteur et du faible nombre de transports en commun ne peuvent arriver dans de bonnes condition à Dakar. De plus à quoi bon gagner de l'argent avec la culture puisqu'ils ne peuvent rien acheter de plus. En effet, ils s'autosuffisent alimentairement et tout achat de biens de consommations leur est superflu puisqu'ils n'ont pas accès à l'électricité au téléphone ou à l'eau courante ! De plus, le riz a un cours fixé par le gouvernement et ce cours couvre à peine les frais de culture. Le riz importé de Thaïlande coûte ainsi moins cher ! Les casamançais réclament donc d'urgence de gros investissements d'infrastructure leur permettant de moderniser leur région. C'est à ce prix que le mouvement indépendantiste cessera d'exister. Mais ce n'est pas tout. Les différences religieuses et ethniques sont aussi une partie du problème. Longtemps la totalité des fonctionnaires exerçant en Casamance étaient du Nord du Sénégal. Ces agents de l'État ne parlaient donc pas un mot de Casamançais et de nombreuses tensions sont apparues. Comment un pauvre paysan ne parlant pas le français ni le Wolof pouvait il expliquer au postier dakarois qu'il voulait envoyer une lettre recommandée ? Aujourd'hui le pourcentage de Diolas dans l'administration a augmenté mais ce n'est pas encore assez. Durant ces années d'hégémonie wolof, les «nordiques» ont essayé d'imposer leur langue, leur mode de vie et leur religion. Grâce à l'argent de ces fonctionnaires de nombreuses mosquées ont vu le jour principalement à Ziguinchor. Ces mosquées avec des haut-parleurs réveillant tout les quartiers à 4h00 du matin ont déplu à juste titre cette majorité catholique ou animiste casamançaise. C'est cette situation de calme relatif ou la paix règne tant bien que mal mais où à vrai dire une simple étincelle pourrait réveiller la masse casamançaise méprisée par les sénégalais du nord, qui fait de cette région le problème n°1 du pays. Pour remettre tous ces problèmes dans un contexte chronologique, tous ces évènements ont commencé en 1983, alors quelques gendarmes très peu futés ont jugé bon de faire irruption dans un bois
sacré durant un cérémonie rituelle. La plupart de ces gendarmes ont été découpés en morceaux (ce qui admettez-le est tout à fait normal...). Quelques jours plus tard les étudiants casamançais de Ziguinchor ont manifesté contre ces intrusions de la police dans des fêtes rituelles diolas. Durant cette manifestation un jeune étudiant sera tué. C'est le début des gros pépins. Un cortège formés de centaines de Diolas armés de sagaies, de coupes-coupes et de fusils et mené par des femmes nues se rend à la gouvernance de Ziguinchor. L'armée arrive immédiatement et le massacre commence. 30 morts d'après le gouvernement. Près de 400 selon la plupart des observateurs. A chacun d'accepter ses responsabilités. Celle-ci revient à Abdou Diouf... Les derniers massacres de 2000 à 2002 reviennent au vieux président-talibé Abdoulaye Wade Sesse Sek